Lettre à Paul Coelho.

Cher Monsieur Coelho,
Je ne sais pas vraiment pourquoi je vous écris cette lettre aujourd’hui, et il y a 100.000 raisons qui me font penser qu’elle ne parviendra même pas jusqu’à vous, mais depuis quelques jours j’y pense. Cette première phrase « Cher Monsieur Coelho » résonne dans ma tête. Comme si je devais l’écrire, pour connaître la suite.
Quand j’ai eu 12 ans, ou peut être était-ce un peu plus tard, j’ai voulu devenir écrivain. C’était au printemps, mes parents et moi passions nos vacances de Pâques dans le camping où nous allions chaque année. Cette année là je me rappelle, je m’ennuyais à mourir. Et moi qui n’était pas une grande lectrice, j’ai décidé d’aller me chercher un livre. J’aurai voulu vous dire Mr Coelho que c’était un des vôtres, mais non, je m’étais tourné à ce moment là vers un livre de John Grisham. Un thriller. Avec des histoires d’avocats, de justice, de procès. Moi grande justicière. A part ce livre, je ne lisais pas du tout. Je ne lisais que pour l’école, parce qu’il fallait bien. Et je me rappelle que j’ai lu ce livre en 3 jours. Un gros bouquin de 600 pages. Ma mère me disait : « Ce n’est pas possible de lire si vite, tu ne l’as pas lu! ». Et pourtant si, je l’avais lu.
A ce moment là, j’ai eu deux certitudes. La première, c’est que je voulais devenir écrivain. La deuxième, c’est que si je ne devenais pas écrivain, je serais avocate.
Pourquoi je vous raconte ça aujourd’hui ? C’est parce que je ne suis ni écrivain. Ni avocate. Je suis styliste. Cette passion m’est venue après, et même pas une passion pour la mode, non pour le dessin. Une simple question de bon sens alors: j’étais sûre de ne pas pouvoir vivre de mes aquarelles. La mode me semblait un milieu plus « ouvert ».
C’est drôle quand j’y repense. Comme quand on est ado on a un million de rêves, de préjugés, de croyances, sorties de je ne sais où. Et comme nos chemins peuvent dévier. Parce que, de vous à moi, la mode est un milieu bouché, et une fois qu’on y est, on ose plus trop en sortir de peur de ne plus pouvoir y re-rentrer un jour.
Ce que je ne vous dit pas Mr Coelho, c’est qu’il y a deux choses que j’ai toujours su faire : dessiner et écrire. L’un comme l’autre, dès mon plus jeune âge. J’écrivais des poèmes, des histoires, des chansons. J’avais un carnet où je consignais tout. Je l’ai perdu aujourd’hui, j’aimerais tant le retrouver. Plus tard j’ai connu le pouvoir salvateur du journal intime, de ce compagnon de route à qui on peut tout dire, tout écrire, qui ne nous jugera pas, quoi qu’on pense, quoi qu’on dise. Même les pensées les plus sombres. Et puis, entre deux devoirs, deux examens, je dessinais. Où plutôt je peignais. C’était formidable le sentiment de liberté que l’on pouvait éprouver : aucune pensée. Ce qui est marrant c’est que lorsque j’étais en primaire, personne ne voulait jamais croire que c’était moi qui écrivais, ou moi qui dessinais. Ils disaient : « Tu es bien trop jeune ».
Mais je m’égare. 
Il y a quelques années, mon copain m’a demandé si j’avais lu l’Alchimiste. Votre livre. Dans ma tête c’était un des nombreux livres qu’on proposait lors des programmes scolaires, et donc forcément, je n’y voyais pas d’intérêt. Il me connait bien mon homme, parce qu’il m’a dit que j’aimerais. Que je devrais le lire, que c’était du tout moi. J’ai commencé à lire votre livre, et je me suis dit : « Mais comment est ce possible d’être ce que je voudrais être ? Ecrire ce que je voudrais écrire ? Pouvoir à travers une histoire, une fiction, un roman, faire passer des idées aussi fortes ? » Vous m’avez fait rêver Mr Coelho. Quelques temps plus tard, je lisais « Le manuel du guerrier de la Lumière » que j’ouvre souvent, pour lire une page, et m’apaiser. Est venu « Sur le bord de la rivière Pedra je me suis assise et j’ai pleuré » de suite enchaîné avec « le Zahir ». C’est ce livre là qui m’a le plus bouleversée, tellement vos idées étaient fortes, tellement je pouvais ressentir chaque phrase. Tellement j’avais besoin de lire ce livre là, à ce moment là de ma vie.
Oh je ne suis qu’une lectrice parmi tant d’autres. Je sais comme vos bouquins peuvent en toucher des milliers. Ils ne sont pas Best Seller pour rien. Mais ce qui est drôle c’est que j’ai l’impression que ce sont vos bouquins qui viennent à moi, et non pas moi à eux. Je regarde la couverture, le titre, je lis quelques phrases, et je sens si je suis prête à le lire maintenant, ou plus tard. En fonction je le repose, ou je l’embarque. Chaque livre que j’ai choisi correspondait à des questions de ma vie, des épreuves que je traversais, des choses auxquelles je pensais au moment où je décidais de lire ce livre, des réponses à mes questions. J’en suis sûre, c’est le livre qui me choisit. Et non l’inverse.
Dans 3 semaines, je vais avoir 30 ans. Depuis quelques jours je ne cesse de me répéter cette phrase. Dans 3 semaines, je vais avoir 30 ans. Dans 3 semaines, je vais avoir 30 ans. Et aujourd’hui c’est « Brida » que je dévore. Je me sens à nouveau tellement proche de tout ça, de part les chemins que je suis, les personnes que je rencontre, une en particulier qui m’apporte beaucoup. Alors certes, aux yeux de cette société, pour mes 30 ans, je ne suis pas arrivée bien loin. Je bute encore sur certaine chose : ces marches que la vie nous donne. Mais j’ai une petite voix au fond de moi qui ne cesse de me demander si j’ai accomplis ce que je voulais accomplir. La vérité ? C’est que je n’avais rien prévu. Je n’avais pas de plan. Je ne savais pas qui je voulais être.
Seulement depuis quelques temps Mr Coelho, au travers de vos livres, de vos phrases, je me remets à rêver. J’ai cette petite fille de 12 ans qui vient doucement me souffler cette idée : et si, j’étais moi aussi, un écrivain.
Je n’ai pas encore la réponse à cette question. Et je n’ai pas non plus les explications. Les pourquoi, les comment. Pour le moment, je pense que j’ai besoin que cette idée ne fasse que m’effleurer. Pour ne pas m’effrayer. Un peu comme Wicca dit si bien à Brida : « Je sais ce que tu dois ressentir, poursuivit-elle. Nous nous engageons parfois sur un chemin seulement parce que nous ne croyons pas en lui. Alors c’est facile : tout ce que nous avons à faire, c’est prouver qu’il n’est pas notre chemin. Cependant quand les choses se précisent et que le chemin se révèlent à nous, nous avons peur d’aller plus loin. » J’ai peut être encore peur d’aller plus loin. Ne pas savoir comment m’y prendre. Par où commencer. Alors j’attends des certitudes. J’écris des lettres. Et qui sait… Les réponses viendront.
Je voulais vous dire merci, d’exister, d’écrire. De m’apprendre vos idées. Merci pour vos livres.
Et si jamais vous passez par ici, merci, de m’avoir lue,
A bientôt, dans votre prochain livre.
M. aka Odile
♥ ♥ ♥
Crédit photo : We heart it

9 Replies to “Lettre à Paul Coelho.”

  1. Quelle jolie lettre!
    J'ai découvert Paulo Coelho à l'âge de 15 ans lors de la sortie de L'Alchimiste et ses livres m'ont accompagnée tout au long de ma vie. Comme toi, à l’adolescence j'ai voulu devenir écrivain et j'ai écrit deux livres restés au fond de mon tiroir. Avec le temps, les envies et les rêves changent mais il est indispensable de devenir la personne qu'on rêve d'être.

    1. Et pourquoi tu ne ressors pas tes livres du fond du tiroir ? 🙂

  2. Ta lettre est superbe.
    Pour moi les livres de Paulo Coelho sont d'une beauté et d'une vérité criantes, même si ils sont parfois trop imprégnés de religion (mais l'Alchimiste dont tu parles s'en détache bien assez pour ne pas être gênant, bien au contraire !). J'ai trouvé l'Alchimiste dans une bibliothèque chez mes grands parents, abandonné dans leur garage, et quand je l'ai lu j'étais parfois obligée de m'arrêter pour réfléchir à ce qu'il y racontait. Je pense, sincèrement, que tout le monde devrait le lire 🙂

    Comme il le dit, nous avons tout à nos pieds en cet instant pour réussir à réaliser nos rêves et être ce que nous voulons être, mais parfois pour vraiment en avoir conscience il faut faire un bout de chemin avant d'y arriver !

    En tous cas, ton article est très beau et me parle 🙂

    1. C'est vrai que parfois ils sont un peu trop impregné de religion, mais j'essaye de remplacer les "Dieu" parce que je crois (l'Univers) et de passer au dessus de ce côté trop spirituel.

  3. Je n'ai lu que l'Alchimiste pour l'instant même si je l'ai beaucoup aimé avec ses messages profonds, je ne me sens pas encore attirée par les autres livres… alors, je lâche prise, le bon moment viendra pour les lire. ^^
    Jolie lettre en tout cas!

    1. Oui on peut aimer un livre d'un écrivain sans pour autant aimer tous les livres 🙂
      Il y a des livres de lui qui ne me tente pas non plus.

  4. J'espère également que tu trouveras tes réponses ma chérie et que tu continueras de trouver ce qui te permet d'avancer…
    En attendant je me tiendrais à tes côtés pour t'accompagner si tu as besoin de moi. Alors <3 <3 <3 ma puce.
    Très jolie lettre.
    Bisous

    1. Je sais que tu es là
      Et vice versa <3

  5. Très belle lettre à un belle personne <3
    J'ai toujours adoré tes articles, ta manière d'écrire, je t'admire, tu m'inspires. Je t'ai toujours vu écrivain, je serai la première à acheter ton livre, et je sais que je ne serai pas la seule!
    J'ai un tee-shirt de Paulo Coelho, bleu de chez Mango, qui dit "What is the real I? It's what you are and not what others make of you"
    Tu m'as donné envie de découvrir ces livres…

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