Ma vie de styliste : Part 2

(suite de « Ma vie de styliste #1« )
… Alors quand je suis arrivée en 3ème année de mon école de stylisme, les choses sont devenues un peu plus compliquées pour moi. Car bien sûre on nous forme à devenir des créateurs. Bien qu’avec notre formation technique, cela nous ouvre des portes pour d’autres métiers, j’ai compris en faisant mon stage et mon défilé, que je n’étais pas prête pour ça. Je n’étais d’ailleurs pas faite pour cet univers de strass, de paillettes, de défilé, de mannequins ou de coiffeurs. Une de mes copines de classe m’a alors parlé de son stage pour une marque française très connue et elle m’a vraiment fait rêver. Ce qu’elle avait fait durant son stage était exactement ce que j’attendais de ce métier : dessiner pour monsieur et madame tout le monde. Analyser les tendances, travailler les couleurs, les matières, dessiner sur ordinateur (car j’ai toujours été une geek dans l’âme).
Quand j’ai eu fini mes études, je suis revenue vivre chez mes parents qui entre temps étaient partis vivre dans le Nord de la France. Ce ne fut pas facile de revenir vivre chez eux après avoir passé 2 années en complète autonomie. Mais je savais pourquoi je le faisais : dans le Nord de la France il y avait (et il y a toujours) pas mal d’industries textiles. Là bas, c’est sûre, je trouverais du travail. Parce que, qu’on se le dise, des offres d’emplois dans le monde de la mode, et je te parle de la source, ça ne courent pas les rues. Surtout pas en Belgique. J’ai donc joué le jeu, et je suis arrivée en France pleine d’espoir, et la première chose que j’ai faites c’est postuler pour cette fameuse marque française. A l’époque c’était genre le rêve de ma vie de travailler là bas.
Avec le recul, je me dis qu’à ce moment là je devais avoir une sorte de bonne étoile car un boulot d’assistante s’est libéré là où je voulais. Il s’agissait d’un contrat en CDD de 2 mois payé au lance pierre (c’est souvent le cas pour un premier contrat). Mais je me suis dit tanpis, j’y vais, je vais montrer ce que je vaux. Ça a été super dure car je ne vivais pas dans mon pays, je n’avais pas d’amies sur place et je me tapais 4h de trajet par jour pour aller bosser. Comme j’étais dépendante des transports, je faisais peu d’heures sup’ alors que dans ce métier là c’est un peu la « tendance ». Malgré ça après 2 mois, ils m’ont réengagés à 2 reprises. Durant cette année en France j’ai connu pas mal de grèves de train, et la joie du travail à la française avec des CDD à répétition, des périodes de carences, et un salaire si petit qu’il ne me permettait pas de prendre un appart. Je me rappelle être rentrée un soir à 21h et m’être mise à pleurer tellement je n’en pouvais plus des trajets. Mais j’ai tenu bon 1 an et après ça j’ai décidé de tenter ma chance ailleurs.
Je suis donc revenue vivre à Bruxelles, où j’ai commencé ma carrière belge. J’ai repris des cours de néerlandais et j’ai rapidement trouvé du travail dans une société d’import export. C’était drôle car à ce moment là quand je disais que j’étais styliste les gens avaient des étoiles pleins les yeux. Et quand je disais que je dessinais des culottes pour Aldi, ça les faisait moins rêver. Autant les artistes souffrent du cliché de l’analphabète, autant les stylistes souffrent de celui de la pimbèche. J’ai toujours aimé jouer à ce petit jeux là. Donc voilà c’était ça mon métier. Dessiner pour la grande distribution : les Carrefour, les Kiabi, les Aldi,… Et franchement je m’éclatais là dedans. Dans cette société là, j’ai appris le métier d’acheteuse à mi temps, j’ai fait un peu de modélisme vite fait. J’ai parcouru les salons textiles, proposé mes idées, dessiné pour plein de clients différents. Après 4 ans, le travail s’est un peu essoufflé, je voulais de nouvelles expériences et je suis partie à la conquête du monde.
En réalité, la conquête du monde s’est arrêté un an après ça puisque la nouvelle société où je bossais alors a fait faillite. J’en ai pas mal parlé à l’époque sur le blog parce que je suis restée à la maison pendant 6 mois et je n’ai jamais eu aussi peur de ne plus retrouver du travail dans ma branche. De ne plus trouver du travail tout court !
Car c’est ça la réalité du travail de styliste en Belgique : la pénurie. La Belgique est un tout petit pays, il y a très peu d’industrie textile. Tout se fait à l’export en Inde, en Asie ou dans les pays de l’Est. Les géants comme Primark, H&M ou Zara bouffent petit à petit toutes les marques locales qui essaient de survivre et qui ont difficile face à cette concurrence.
Et oui, c’est ça le métier de styliste dans la grande distribution : faire face au prix. Faire face aux clients. Face aux demandes. On créée oui, mais pas tout ce qu’on veut, pas comme on veut. On doit répondre aux prix des acheteurs, parfois les tissus qu’on veut utiliser coûte trop cher, ou le fournisseur ne sait pas concevoir notre modèle. Je dessine tout par ordinateurs sur Illustrator. A la base je n’ai pas du tout de formation pour ça, mais j’ai appris beaucoup sur le tas. Je pense d’ailleurs que c’est un métier qui s’apprend avec l’expérience et le travail, et peu à l’école.
Concrètement, aujourd’hui je travaille sur une partie de la collection de la marque pour laquelle je bosse depuis 2 ans : je dessine, je fais les fiches techniques des vêtements, je bosse sur les tendances, je fais des panneaux, je découpe, je colle, je contrôle les couleurs. Je pars en shopping parfois aussi pour voir ce qui se passe ailleurs. Je ne voyage pas beaucoup mais assez à mon goût. Ce sont mes créations qui se vendent en magasin et ça me rend fière. J’ai des collègues géniales avec qui je rigole beaucoup et qui ont un cœur énorme. Je ne trouve pas beaucoup de points négatifs à mon travail si ce n’est que je travaille dans le privé et que je n’ai pas forcément les mêmes avantages que si je travaillais dans le publique. Et que je suis dépendante de ce qui se vend, de la marque, de l’acheteur pas de mes envies de grand créateur. Mais comme d’une certaine façon, je suis le genre de personne qui a besoin de « cadre », ça me va.
Ce que j’avais envie de dire à travers mes 2 articles c’est que, pour moi, ce métier c’est avant tout une passion, une vocation. Certains me disent que j’ai de la chance, et même si sur certains points je pense avoir eu une bonne étoile, pour d’autres je sais que j’ai vraiment du me battre. Je ne me suis pas arrêtée à mes études de 3 ans en me disant que c’était suffisant. Par exemple, après 5 ans, j’ai repris des cours du soir d’infographie pour me perfectionner. A plusieurs reprises j’ai fais des cours de néerlandais. J’ai appris l’anglais sur le tas grâce aux fournisseurs avec lesquels je travaillais ou en me forçant à lire des magazines. Je pense d’ailleurs que le fait de maîtriser un ordinateur et les langues ont été mes atouts. A chaque fois quand je suis arrivée dans une nouvelle société, j’ai dis de suite que j’y étais, c’était pour y rester. Et je pense avoir fait ce qu’il fallait pour ça.
Aujourd’hui je me sens vraiment bien dans ma fonction, et chaque fois que j’ai douté de moi, j’ai eu un petit coup de pichenette de l’Univers pour me dire que ce métier était fait pour moi. J’ai essayé d’en changer mais chaque fois je revenais là où j’appartenais. Je pense qu’il faut avant tout se battre quand on veut vraiment quelque chose. Je ne vais pas dire que ma vie a été difficile, mais j’ai eu des cailloux dans mes chaussures et j’ai su continuer mon chemin. Montrer que j’en voulais. M’affirmer. C’est le conseil que je voudrais donner à toutes celles qui rêvent de faire ce métier (ou un autre) : ce n’est pas un métier facile, car il y a très très peu d’offres d’emploi, mais quand une occasion s’offre à vous, sauter dessus. Tenez là de vos deux mains. Parfois il faut accepter des choses dont on a pas forcément envie mais qui vont permettre d’ouvrir d’autres portes. Il faut parfois accepter de vivre loin de sa famille et ses amies un moment, ou faire des longs trajets, reprendre des cours le soir, mais je pense que quand on est passionné, quand on veut vraiment quelque chose, et ça, c’est comme pour tout dans la vie, on le fait. Car finalement, tout ça ne sont pas des épreuves, ce sont juste, des petits cailloux…
non libre de droit dessin odile sacoche

♥ ♥ ♥
Illustration créé pour le concours anniversaire de Shabondy 
illustration propre non libre de droit !

13 Replies to “Ma vie de styliste : Part 2”

  1. J'aime beaucoup ton article. On sent que c'est plus qu'un métier pour toi et je trouve que ça fais un bien fou !
    Bonne continuation !!
    Ps : les petits cailloux 😉

    1. Merci Merci.
      J'avoue que je me suis donnée pour l'écrire ^^

  2. anonyme version sans fautes ^^ dit : Répondre

    *fait

  3. Merci pour ce partage ma doucette !!
    Plein de bisous

    1. Avec plaisir ma jolie :*

  4. Je suis moi-même styliste et je me retrouve totalement dans ton article ! 😉 C'est un monde de requin mais quand on veut on peut !

    1. Requin ça je ne sais pas (moins que la blogo à ses heures lol)
      Mais difficile ça oui, car il y a peu de place !!

  5. Je connais l'exil pour faire le métier de ses rêves. J'ai fait le chemin inverse du tiens, je suis partie de France pour venir en Belgique et c'est loin d'être simple tout les jours, je ne vois ma famille que tout les 5/6 mois, je n'ai pas vraiment d'amis ici mais je me dis que c'est pour pouvoir avoir le métier de mes rêves plus tard donc c'est un sacrifice que je suis prête à faire. En tout cas j'ai trouvé ta série d'article concernant ton métier très intéressante.

    1. Je n'ai pas été exilée bien loin, mais quand même, ça a été une année où je me suis sentie très seule. J'étais contente de vite retournée à Bruxelles (même si en arrivant, je n'avais pas de boulot, c'était un peu le stress lol).
      Puis parfois comme tu dis, un sacrifice paie, même si ça peut mettre du temps.
      C'est toute la magie "des choix"

  6. Merci pour ces deux articles plus personnels ! C'était vraiment intéressant à lire. Le stylisme est un univers qui m'est complètement étranger, alors c'est tout à fait passionnant d'en apprendre plus.
    Merci.
    (Ça faisait un moment que je n'avais pas commenté, mais je continue à passer tous les jours ! Moi non plus, je n'ai pas un boulot facile tous les jours (comme tout le monde, d'ailleurs, je pense^^)…)

    1. Mais de rien 🙂
      Je suis contente que ça ai plu.
      Merci à toi de venir lire tjs (oui même si tu ne commentes pas à chaque fois, pas de soucis, moi même qui suis lectrice, je suis avare de commentaire sur mes blogs chouchous 😉 )

  7. Je découvre ce blog avec deux jolis articles!
    Petite, je rêvais d'être styliste… j'ai finalement eu mon diplôme d'architecte et suis aujourd'hui créatrice de bijoux. C'est une chance de pouvoir faire le métier que l'on aime, alors profitons-en, même si ce n'est pas facile tous les jours.

    1. Merci pour les compliments 🙂
      Oui c'est une chance (bien que ce terme me dérange, un jour j'expliquerai pourquoi), tu résumes tout assez bien en 1 phrase ^^

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