Un monstre dans mon placard

combattre le doute

Je ne sais pas exactement comment il m’a attrapée. Ni quand il est arrivé dans ma vie, à quel moment, et surtout pourquoi. Il avait du entrer par la porte, ou par la fenêtre laissée trop longtemps ouverte un matin de septembre. Il était peut-être latent depuis longtemps, tapis dans l’ombre, attendant que je n’y fasse plus attention. Attendant une sotte distraction de ma part… Non je ne sais pas comment il s’est retrouvé là, devant moi, à côté de moi, comme en moi. Ce que je sais maintenant c’est que, depuis quelques jours, il ne me quitte plus. Je croyais l’avoir complètement chassé de ma vie à coup de phrases positives et de livres qui faisaient du bien. Je pensais m’en être débarrassée… Après tout, je n’avais pas besoin de lui. Parce que personne n’a jamais vraiment besoin de lui…

Et pourtant…

Pourtant, c’était un matin que je me suis rendue compte qu’il était réapparu dans ma vie. Je me levai dans la pénombre et je le sentis. Juste là. Comme une boule qui coince dans la poitrine. J’ai pris une grande bouffée d’air et j’ai expiré tranquillement. Je croyais que ça l’avait fait partir, du moins, pour un moment. Et comme chaque matin, j’ai entrepris cette routine qui m’était propre : me lever, me rafraichir, boire de l’eau, sortir le chien, me préparer, partir. Mais c’est lorsque j’étais dans le bus du retour que je me suis rendue compte qu’il était de nouveau à mes côtés. Il m’observait, tel un prédateur. Sans dire bonjour, sans me demander comment j’allais, il a commencé à me parler, comme s’il me connaissait par cœur. Le pire je crois c’est que j’ai tenté de lui répondre. De me justifier. Et plus je bredouillais, plus il se faisait insistant.

Mais il ne faut jamais lui répondre…

Ce soir là j’ai su qu’il allait rester pour un moment sans que je ne sache rien y faire. Une part de moi savait que c’était la pire chose qu’il pouvait m’arriver. Et depuis, c’était un ballet de paroles, un torrent de mots qu’il m’offrait chaque jour. Le matin, il me regardait quand je me brossais les dents et me susurrait à l’oreille que j’étais nulle. Le soir, il lui arrivait de me dire que j’étais moche, que je n’étais qu’une bonne à rien, que je n’y arriverais jamais. De ses yeux perçants, il me piquait, il me narguait, il me rabaissait. Il reprenait les éléments du passé, les erreurs que j’avais commises, mes échecs, et il me les balançait toute la journée. Il tentait de me raconter mon futur encore inexistant, qui, selon lui, serait aussi sombre que sa personne. Et je me laissais faire. Je le laissais me caresser la joue. Impuissante, je le laissais me dominer en baissant les yeux.

Mais il ne faut jamais baisser les yeux…

J’ai bien tenté de le combattre en le frappant à coup de livres. J’ai essayé de l’épuiser en l’emmenant au sport avec moi, me disant qu’il n’y survivrait pas. Je l’ai pris avec moi chez des amis, en pensant que ça lui ferait du bien. Que le bon temps l’éloignerait. Mais il revenait. Agissant dans mes rêves, pour les transformer en cauchemar. Il était là le matin, le midi et le soir. Quand je buvais, quand je mangeais, quand je prenais ma douche. Chaque minute, chaque seconde. Comme un nouveau meilleur ennemi.

Et alors que je me demandais comment me débarrasser de lui, j’ai eu envie de lui écrire ici pour lui dire que je n’avais pas peur de lui. Du moins, pas vraiment. Qu’il pouvait bien rester un moment dans ma vie, tentant de me paralyser, j’arriverais à le chasser tôt ou tard. Que je n’avais que faire de ses questions, et même si je n’avais pas toutes les réponses, que je finirais bien par les avoir. Je finirais par avancer, car dans la vie, c’est ce qu’on fait de mieux : avancer. Qu’il pouvait bien aller trouver une autre proie, elle passerait peut-être par ici pour lui dire elle aussi qu’on est tous et toutes bien plus forts que ce qu’il veut bien croire. Qu’on est des battants. Que nous n’avons pas besoin de lui pour ressasser un passé qui n’existe plus, et nous parler d’un futur qui n’existe pas encore. Que ce qui compte c’est le présent.

Le présent, enroulé sous mon plaid en regardant une série. Le présent, reprenant mes stylos pour dessiner et ne plus y penser. Le présent, préparant le breakfast pour des amis. Le présent, à siroter un bon thé. Le présent, tapotant sur mon ordinateur. Le présent : tous ces bons moments où il n’a pas sa place. Oui, le présent, sans lui. Lui, qui chasse nos rêves, nos espoirs, nos ambitions. Lui qu’on ne devrait jamais laisser entrer, qu’on ne devrait jamais écouter. Lui, ce monstre dans mon placard,…

Lui… Le doute.

Car le doute tue plus de rêve que l’échec ne le fera jamais et aujourd’hui il est temps de sortir nos capes de chasseurs de monstres.

♥ ♥ ♥

42 Replies to “Un monstre dans mon placard”

  1. J’ai lu sans reprendre mon souffle tellement cela ressemble à ce que je peux vivre à certains moments mais …. carpe diem ! Merci de mettre sur papier ces moments

    1. Carpe diem, oui, carpe diem !

  2. Mandieu, quelle plume… Quel talent !
    Tu sais toucher le cœur des gens par tes mots, j’en ai des frissons.
    Et oui, je m’y suis reconnue.
    Moi, je reprends le terme de « rayonne » et je les appelle « les pestes ».
    Comme quoi, on a tous notre lot d’invités non désirés à se coltiner.
    Courage ma belle
    Des bisous

    1. Oh merci…
      L’important des invités non désirés, c’est de tenter de les chasser doucement en les remplaçant par des invités désirés 🙂

  3. De jolis mots pour de vilaines choses !

    1. Voui….

  4. Malheureusement je pense qu’on se retrouve un peu tous/toutes dans ton article… Merci d’avoir exprimé ce sentiment avec ta jolie plume

    1. Oui tu as raison. C’est bien triste. Mais je suis persuadée qu’il est possible de s’en sortir et de garder la tête hors de l’eau.

  5. Très joli article. Mon dieu comme ça fait du bien de lire ces mots. Je me sens moins seule 🙂

    1. Merci.
      On est nombreux en effet, on pourrait monter une armée anti-doute !

  6. Très joli et haletant article. Je dirais que le monstre du placard est bien plus gros que ça, car à mon sens le doute est juste le fils de la PEUR et ça c’est une autre paire de manches. 🙁 Mais oui, Odile tu as bien raison , le seul endroit où il ne peuvent pas nous atteindre, ni le fils ni la mère, c’est bien le présent.

    1. La peur est assez monstrueuse aussi. Tout ce qui nous empêche d’avancer finalement.
      Et oui, cultivons le présent, c’est ce qu’il y a de mieux.

  7. Quelle jolie plume ♥ Ton texte est très émouvant, il me touche tout particulièrement parce que moi aussi j’en ai des monstres dans mon placards et je passe mon temps à me battre contre eux à coups de citations et de textes positifs. Je crois qu’on se reconnaîtra tous un peu dans ton texte malheureusement.
    Des bisous ma belle ♥

    1. Merci merci.
      Je pense qu’on a tous des monstres dans notre placard, mais on ne doit plus en avoir peur. Il faut parfois les affronter, et s’obstiner.
      Courage à toi !

  8. Le doute est un de mes plus vieux amis. J’aimerais le quitter définitivement, mais il n’est pas d’accord avec moi. Pour l’instant, je t’avoue qu’il me laisse un peu tranquille le joureste. Mais la nuit, il est là, tapi et prêt à ne pas le laisser dormir, à me faire faire des nuits blanches et à semer le doute dans ma tête.
    J’espère que bientôt, ce bon vieux ami, nous laisseras tranquille .
    En attendant, haut les coeurs ! ❤

    1. Amis ? Je dirais plutôt ennemi ^^
      Il faut essayer de ne pas l’écouter, il n’apporte pas beaucoup de bon.
      Haut les coeurs comme tu dis

  9. Très bel article…Ce conn*rd de doute…

    1. On le taperait bien hein ?

  10. Quel bel article qui nous parle tant. Il ressemble étrangement au monstre de mon placard dont j’ai parlé récemment…l’angoisse. Et tu as raison, rien de mieux que le présent pour éloigner nos ennemis!

    1. L’angoisse fait partie de la même gamme de monstre.
      Et pour ce genre de monstre là, le moment présent est le meilleur remède !
      Courage à toi

  11. Quel bel article, j’adore la tournure que tu lui as donné, c’est original est vraiment agréable à lire !
    Vivons nos rêves 🙂

    1. Merci ma belle.
      Oui ! Vivons nos rêves !!

  12. je le connais par cœur ce monstre, il vient me rendre visite très souvent aussi….
    bisous la belle, ton article est magnifique

    1. Courage, il ne faut pas se laisser impressionner !

  13. Ca c’est bien dit !!! Je vais vite aller enfiler ma cape de chasseuse & lui dire la même chose à mon monstre à moi !
    Sois forte!
    Bises
    Margaux

    1. On a plus qu’à former une équipe.
      Comme les Power Ranger !!

  14. Juste merci… <3

    1. Alors juste « de rien » 🙂

  15. « If your dreams don’t scare you, they aren’t big enough. »
    Je pense qu’il faut prendre le doute comme un sentiment positif, c’est lui qui te force à te dépasser et il suffit de lire tes mots pour le ressentir. Au lieu de te laisser abattre, tu as décidé de le combattre. C’est ça la force du doute, nous mettre un coup de pied bien placé pour ne pas s’endormir sur nos lauriers. Nous bousculer juste ce qu’il faut pour continuer à avancer.
    Pour moi le doute ne tue pas le rêve, il nous indique simplement qu’il va falloir tout donner pour le réaliser.

    1. Tu as bien fait de me rappeler cette phrase. Tu as entièrement raison, si j’ai si peur c’est que mes rêves sont grands (très grands) et me paraissent inatteignable. Je pense que par contre le doute peut tuer le rêve si on se laisse complètement envahir sans réagir.
      Et comme tu dis : j’ai décidé de le combattre.

  16. Ce matin, une amie me dit : « j’ai lu un article qui ressemble au tien ». Du coup je viens voir et effectivement, la même métaphore, le même ton 🙂 Va voir : http://uneviealignee.fr/je-porte-un-monstre-en-moi/

    1. Merci pour ton partage d’article 🙂
      J’ai été te mettre un petit commentaire

      1. Merci, t’as vu on est connecté 🙂 Je vais te suivre !

  17. Très juste… Pour ma part, le doute est là en permanence, je ne suis pas rendue! 😉

    1. Un jour peut-être …. :p

  18. Il s’agit plus de l’angoisse de mon côté, mais le doute y est intimement lié… la sophrologie et l’acceptation de mes propres doutes et critiques m’aident bcp à ne plus la subir. On a tous cette part d’ombre qui nous suit finalement

    1. Oui l’angoisse n’est pas loin du doute. Tout ce qui nous fait tourner en rond à force de questions finalement !

  19. Waw encore un super article ! J’ose enfin laisser un commentaire. Je te lis depuis un bon moment et même si j’ai toujours apprécié te lire, j’avoue que depuis quelques mois je trouve que tes articles sont vraiment sublimes.

    1. Merci beaucoup d’avoir laissé ta patte ici 🙂
      Et merci pour tous ces jolis compliments !

  20. Tu as l’art de rendre beau quelque chose de moche.
    La Fée Sacoche, pour notre plus grand plaisir !

    1. Quel beau compliment tu me fais là.
      Je suis touchée <3 Merci beaucoup

  21. […] ma belge attention ! Mais pour être précise je pense que c’est un article consacré au Monstre du placard (alias le doute) qui a attiré mon attention. En tout cas c’est celui que je citerais […]

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