La culpabilité des complexes

être heureux sans complexe

Il faut que je t’avoue quelque chose. Je pense que tu dois même certainement t’en douter : je suis une fille bourrée de complexes. Voilà. C’est dit. Et au vue des moqueries reçues par les garçons (et certaines filles) de ma classe durant mon adolescence, je te le dis d’entrée de jeu, j’ai grandis avec cette idée que j’étais grosse et pas très jolie. De cette idée, j’en ai fait une croyance. Une croyance gravée dans la roche. J’ai vite compris que j’étais peut-être drôle et intelligente, mais qu’aux yeux de certains j’étais « moche ». Mon charme vient de ma personnalité, pas de mon physique. C’est ma croyance, celle de mon ego, celle établie par les mots des autres. Et quand je me regarde dans le miroir, je ne vois que mes petits bras dodus, mon gros cuissot ou mes dents de traviolle. Le canon de la beauté, cela n’a jamais été moi.

Heureusement, je n’ai jamais fait de mes complexes une fatalité. J’aime rire et faire rire. J’aime danser, sortir, rencontrer des gens. Je ne me suis jamais terrée dans un trou, cachée dans un gros édredon. J’aime chercher de jolis vêtements et essayer de me mettre en valeur. Je sais que j’ai des jolis yeux que j’aime prendre le temps de maquiller. Je sais que j’ai une taille fine que je prends plaisir à souligner à coup de robes ou de tailles montées.

Et pourtant, je sais aussi que je ne suis pas jolie. Je n’y crois pas. C’est comme ça. Je ne cherche pas de la pitié ou des « mais oui t’es belle », tant que je ne le croirai pas moi-même, personne ne pourra me mettre ça dans la tête. Je pensais que quand j’allais être grande, ou quand j’allais avoir 30 ans, je prendrais de l’assurance et que tout serait fini, ou presque. Mais non… Il y a ces rares jours où je me regarde et je me plais. J’aime un détail, une allure… Mais ces jours aussi où j’essaye aussi d’oublier cet angle de moi qui fait que lorsque je me tiens de telle façon on perçoit mes bras mous, mon double menton ou mon bon cuissot.

Cependant, aussi contradictoire que cela puisse paraître, j’aime la vie. J’aime MA vie. Pour rien au monde je ne la changerais avec qui ce soit et nombreux sont les jours où je remercie l’Univers de me donner ce qu’il me donne. Ce dont je suis certaine c’est que si je n’avais pas été celle que je suis, avec mes forces et mes faiblesses, je n’aurais pas la vie que j’ai. Mes complexes ont renforcé mon caractère. Ne m’ont jamais fait plier sous le vent, malgré la culpabilité d’aimer la vie et de la croquer à pleine dent, à pleine bouche, telle une bonne pâtisserie réconfortante. D’ailleurs on le dit « l’appétit de vivre ». Et tel est mon cas. Je suis un ogre de la vie.

Aimer la vie

Alors lorsqu’Elsa Makeup a sorti sa video sur la différence la semaine même où j’avais décidé de me lancer dans le Top Body Challenge, cela n’a pu que me faire réfléchir. Ce petit bout de femme avait compris ce que j’avais encore tellement de mal à comprendre.

Tu vois, dans notre société, on nous fait culpabiliser pour tout : de ne pas manger assez bien, de ne pas se bouger assez fort, de ne pas se lever assez tôt et j’en passe. Je suis la première à dire qu’on est responsable de sa vie, et responsable de son bonheur. Qu’il ne tient qu’à nous de changer, car l’on ne peut pas changer le monde extérieur. Mais la culpabilité doit-elle forcément découler de la responsabilité ? Elsa mentionne que rien n’est parfait, or on nous apprend que l’on doit tout faire pour le devenir. Que si nous n’avons pas la vie que nous rêvons, ou le corps que nous rêvons, c’est bien de notre faute. Après tout on n’a qu’à se bouger, dans tous les sens du terme.

Pourtant je pense qu’accepter nos faiblesses et être tolérant envers nous même c’est le premier pas du changement. Je suis responsable pour plein de choses dans la vie, et je pense mener une vie saine sans excès. Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas, je vais me coucher tôt, je travaille et j’ai des activités saines. Mais je ne fais pas de sport et je trouve que la vie serait bien trop triste sans une bonne part de tarte. Est-ce que cela fait de moi une ratée ? Une personne qui ne peut se réaliser ? Est-ce que je dois continuer à batailler pour un corps que je n’aurai peut-être jamais ? Et faire des choses qui vont à l’encontre de ce que je suis ou de ce que j’ai envie ? La vie est bien trop courte et bien trop belle pour se morfondre ou se priver.

C’est difficile de trouver la juste balance dans son mode de vie ou de retrouver un mode de vie naturel vers lequel nous voulons tendre. C’est difficile aussi d’accepter le juste message de développement personnel. Je peux changer oui, je veux changer oui, mais à quel prix ? Dans quel but ? Pour plaire à qui ? Pour rentrer dans quel moule ? Si j’étais ma meilleure amie, je me dirais que le physique on s’en fout, que ce serait bien triste que mon entourage ne m’aime que pour ça. Que c’est bien plus beau d’aimer quelqu’un pour ce qu’il est vraiment, que pour ce qu’il parait être. Alors pourquoi vouloir à tout prix changer ce qui est si difficile à changer ? Pour apaiser cette culpabilité ? Est-ce qu’au final on ne se sentira pas coupable d’autre chose après avoir atteint ce but-là ?

S’accepter, ce n’est pas une chose facile, nous avons chacun notre bagage, notre histoire, nos failles et je pense que le début de cette acceptation commence par reconnaître cette petite voix qui nous parle. Qui est elle ? Représente-t-elle une personne ? Que nous veut-elle ? Essaye-t-elle réellement de nous protéger ? Contre qui ? Analyser cette partie de nous qui nous flagelle, ne pas tenter de l’annihiler, mais de converser avec elle. L’accepter elle aussi, mais ne pas lui laisser mener la barque. On a le droit de se sentir et gros, et moche, et nulle. On a le droit de ne pas pouvoir ou de ne pas savoir changer ces choses-là. Tout comme on a le capacité de sublimer ces magnifiques choses qui font que nous sommes ce que nous sommes, et qui font que si nous sommes là où nous sommes, c’est pour une bonne raison. Car qu’on se le dise, rien n’arrive jamais par hasard… Il y a fort à parier, que nos qualités y sont aussi pour quelque chose.

♥ ♥ ♥

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18 Replies to “La culpabilité des complexes”

  1. Morgane Guérin dit : Répondre

    Merci Odile pour cet article, j’en ai les larmes aux yeux. Comme toi je suis bourrée de complexes, et quand à l’adolescence on ne se prend que des critiques, c’est bien dur à l’âge adulte d’écouter son entourage nous dire qu’on est belles…

    Je ne sais pas si tu as déjà lu cet article de Melissa, mais je te le conseille fortement, surtout la pub Dove qui, je l’avoue, m’a ouvert les yeux : http://www.goldenwendy.com/2013/04/vous-etes-plus-belles-que-vous-ne-le.html?m=1
    En gros nous sommes très critiques avec nous-mêmes et avec l’image que nous dégageons, mais finalement cette image n’est pas celle qu’on croit…

    Tu ne te souviens probablement pas de moi, mais on s’est vues à la soirée de lancement de Paranoïa, et je t’ai trouvée très mignonne, drôle et pleine de joie de vivre. Et en aucun cas grosse ! Donc tu vois, l’image qu’on renvoie, même quand on ne connaît pas la personne, n’est pas celle qu’on croit 😉

    Gros bisous.
    Morgane Guérin

    1. Coucou Morganie
      Oh si je me souviens bien de toi 🙂
      J’ai le même avis que toi : je t’ai trouvé sympa, fraiche et souriante ! Jolie comme un coeur et naturelle 🙂
      Merci d’avoir pris le temps de commenter ici. Je vais aller lire de ce pas l’article de Melissa, et regarder la video.
      On peut le faire : s’accepter. On en a le droit surtout !
      Bon dimanche !

      1. Morgane Guérin dit : Répondre

        Oooooh merci, tu es adorable ! On peut le faire, oui !! Bon dimanche à toi aussi <3

  2. J’ai également vu cette vidéo et je l’ai beaucoup appréciée. L’acceptation est un long chemin donc il faut prendre son temps mais on y arrivera 🙂

    1. Exactement.
      Et puis surtout, il faut être indulgent envers soi même

  3. J’ai adoré la vidéo d’Elsa. Une belle « claque » qui m’a fait réfléchir. J’ai été époustouflé par ses mots, sa maturité. Accepter cette petite voix sans lui laisser le contrôle ne va pas être chose facile et ça fait certainement partie des choses sur lesquelles je dois encore beaucoup travailler.

    1. Je pense que ce sont les choses qu’ils valent la peine qu’on y travaille 🙂
      Le jeu en vaut clairement la chandelle !!
      Courage miss :*

  4. Un très bel article ! J’avais un strabisme étant enfant, opéré deux fois (et « retouché » il y a deux ans) et j’ai comme toi totalement intégré l’idée que j’étais moche,point final. A peu près mignonne à la rigueur, avec beaucoup de relooking et de maquillage, mais pas plus. Je sais aussi comme toi que j’ai plein d’autres qualités, que je place d’ailleurs au dessus de la beauté physique, qui finalement est quand même surtout une histoire de chance à la loterie génétique, alors que la bonté, l’intelligence, la tolérance… etc… ça se travaille, ça se cultive. J’ai une très belle vie, j’ai connu de belles histoires amoureuses, je suis en couple depuis 10 ans et comblée, mère de deux petites filles adorables… et j’ai pris du recul depuis la petite fille et l’ado chagrinées par leur reflet dans le miroir que j’ai été. Mais rien à faire, je me sens , je me « sais » moche au fond de moi, comme si c’était inscrit quoi qu’on m’en dise. La seule différence c’est que je m’en soucie beaucoup moins ! 🙂

    1. Je comprends tout à fait ce que tu ressens.
      Je pense qu’on se juge bien trop mal, on est sévère avec soi même.
      Il faut trouver la paix, s’accepter, s’aimer et puis s’aider aussi. Un peu d’indulgence 🙂
      Courage !!

  5. Elsa a tout dit. Je la comprend tellement, je ne vais pas m’étaler mais je ne devrai plus être de ce monde. La vie est un cadeau trot précieux pour que les autres nous la gâche. Nous sommes comme nous sommes et c’est ce qui fait notre beauté, notre singularité. Merci pour ton article 🙂

    1. Tu as tellement raison, la vie est un cadeau, super précieux. Il faut s’en rappeler chaque jour et profiter d’être en bonne santé, pour croquer la vie à pleines dents

  6. Hello, quel article touchant et si vrai également ! Ce n’est pas simple de s’accepter car on nous fait croire qu’on devrait être ceci ou cela alors que la perfection est impossible à atteindre et quand bien même est-ce que cette soit-disant perfection rend heureux ? N’y a t-il pas toujours quelque chose qui cloche ? En tout cas ton article me touche énormément <3

    1. Merci pour ton joli commentaire qui résume bien en quelques mots ce que je ressens.

  7. […] Odile parle de complexes, du culte de la perfection et prône alors l’indulgence envers soi-même, je ne peux être que d’accord. […]

  8. Il me parle ton article!
    C’était le sujet auquel je réfléchissais, ces dernières semaines en plus: accepter (et même « aimer » nos faiblesses) et accepter le fait de ne pas être parfaite! J’ai tendance à être sévère avec moi-même mais en ce moment, j’apprends à m’aimer et à me faire confiance et même en quelque sorte: « faire confiance à mes défauts ».

    1. Je ne sais pas si tu connais ce livre « Imparfait, libre et heureux », même si c’est une grosse brique, parfois un peu « indigeste » il traite bien le concept de l’acceptation. Faudrait que je le relise tiens….

  9. Si tu aimes les livres de développement personnel, je te conseille « les 5 blessures qui nous empêchent d’être nous-même », ça donne une bonne idée de nos blessures, qui font ce que nous sommes.
    Très bel article en tous cas 🙂

    1. Oui je l’ai lu plusieurs fois celui la 🙂 j’en ai d’ailleurs parlé sur le blog. Très très bon livre ! Comme tout eux de Lise Bourbeau !

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