Et j’avance.

sunset odile sacoche côte d'azur

Je sais qu’on dirait que je n’avance pas. Après tout, mes articles sont parfois emprunt de tristesse. D’une touche de déception. Mais en vérité, ce blog agit comme une vraie thérapie pour moi. Toi, lecteur, face à ton écran, tu ne le vois pas forcément. Il faut dire que je ne partage ce que je veux bien partager. Je crois même que je ne partage pas assez les bons moments ici. Comme une certaine pudeur, parce que je me dis que je ne veux pas te complexer, te rendre jaloux. Et tu sais, même s’il y a 1 an, j’ai montré ma tête pour la première fois, j’ai encore beaucoup de mal à me dévoiler et te dire vraiment qui je suis. Je ne te raconte que ce que je veux bien te raconter. Et je dois te le dire, je prends souvent mon clavier quand j’ai des vagues à l’âme. Le fameux mythe de l’artiste torturé.

Je suis souvent « interviewée » pour des magazines ou pour des travaux d’étudiant, et les questions qui reviennent souvent sont : « Mais comment fais-tu ? Comment fais-tu pour écrire de manière si fluide ? Est-ce que tu programmes ? Est-ce que tu as une ligne éditorial ? Quel est le secret derrière Odile Sacoche ? »

Viens approche. Je vais tout te dire.

Il n’y a pas de secret.

J’écris quand je ressens le besoin d’écrire. Et parfois, oui parfois, on se sent découragé à ma lecture. On se dit que je n’avance pas. Que je fais du surplace. Que je suis une personne déprimante. Moi-même j’ai cette impression parfois. Pourtant, je dois te le dire, j’avance. J’avance vraiment. Même si on ne peut pas le voir, pas le toucher. Même si je ne sais pas le prendre en photo pour te le montrer. Je suis bien plus drôle et enjouée que ce que mes écrits ne le laissent transparaitre. Si, si. Vraiment.

Pendant 10 ans, j’ai été styliste, et j’ai créé pour les autres. Je ne sais pas pour combien de clients différents j’ai travaillé. J’étais une machine à « print ». Je dessinais parfois 25 versions d’un même motif. J’entendais des « non change encore » ou « essaye cette couleur-là« . Et je pense que dans tout ça, il était juste difficile de savoir ce que moi je voulais. Il m’a fallu plus d’un an et demi pour pouvoir simplement me dire : « Ok, j’aime ce genre de musique« . Être un artiste commercial, c’est être comme un acteur. On se met dans la peau du client, de celui qui achète. On répond à ses exigences, à ses demandes. On se met vraiment dans sa tête. On fait ce qu’il lui plaît. Et je dois te dire, que je suis très douée à ce jeu-là. Généralement, quand on me demande de créer un logo, je suis tout de suite dans la cible. Est-ce un don ? Peut-être, celui de l’empathie. Je pense que du coup, avec le blog, c’était un peu pareil, j’essayais de me mettre dans ta tête, au lieu de rester dans la mienne.

dessin odile sacoche sketch

Toujours est-il que cette dernière année, j’ai dû prendre du recul. Apprendre à me redécouvrir. Savoir qui je suis. Entre M. derrière l’écran et Odile Sacoche. Quelles sont mes idées ? Et crois-moi, ce processus peut-être long, très long. Parce que plus rien ne nous guide. Quand tu as passé « ta vie » à créer avec des instructions précises, et que du jour au lendemain, on t’enlève toutes tes chaînes, c’est juste… Étrange. Tu n’oses pas. Tu dois tâter. Tu es timide. Tu te demandes si tu vas y arriver.

Alors même si tu ne le vois pas, j’avance. Plein de belles choses arrivent dans ma vie. Des rencontres, des étapes, des bouleversements. Et sache que même si toi tu crois que tu n’avances pas, je peux t’assurer que tu avances aussi (ce sera d’ailleurs le sujet de ma prochaine newsletter… Si l’envie te dit).

Aujourd’hui je sais par exemple que je déteste la photographie. Je ne suis décidément pas douée pour ça et j’ai arrêté de vouloir m’acharner. À l’inverse, j’aime la vidéo, et j’ai envie de l’expérimenter. Je sais que j’adore dessiner des fleurs, et même que j’aime la technique du crayon. Je sais que je suis une touche-à-tout, et que je ne pourrais pas me définir en un seul art. Je ne suis pas juste une ex-styliste, une ex-infographiste, une community manager, un content creator. Je suis un mix de tout ça. Sans étiquette. Que c’est parfois brouillon. Je sais que j’aime la musique Indie, et le rap parfois aussi. Je ne suis pas la plus grande fan d’Harry Potter, mais j’aime la magie du quotidien. Je peux m’arrêter sur un trottoir pour prendre une photo du ciel à la tombée de la nuit. Parce que c’est beau. Et je sais que cette photo sera ratée, mais ça me va. Ça me fera quand même un souvenir, que je ne garderai que pour moi. Je sais que j’adore faire des captures d’écran de livres. En fait, je sais même que j’adore les livres, je ne peux pas m’en passer, c’est ma drogue. J’aime m’attarder sur les mots, sur les phrases. Réfléchir. J’aime regarder des reportages, et souvent, on m’entend dire : « J’ai vu un reportage et j’ai appris que… » C’est mon encyclopédie à moi. Je sais que je veux devenir une artiste. Peut-être même que je le suis. Créer un truc fou. Une performance. Je sais que je suis fascinée par le travail de Natacha Birds et celui de Stromae, que ça me fait peur parfois. Je sais que j’adore le travail post-production, faire des montages, associer des images, coller virtuellement, retoucher des images, bidouiller. Oh oui, j’aime bidouiller. Je sais que j’aime écrire, et tenir des carnets brouillons et raturés. Je sais que beaucoup ne sont pas d’accord avec ma nouvelle galerie Instagram mais qu’à moi, elle me procure un sentiment de plénitude et que j’en suis si fière ! Je sais que je n’aime pas me montrer et que je ne suis toujours pas à l’aise avec mon image, mais que j’aime raconter. Que j’ai un milliard de trucs à dire, et que je vais devoir trouver ma façon à moi de te les raconter. Je sais que j’aime la nature, mais pas assez pour aller m’y balader parce que j’ai peur des araignées et que je n’aime pas la sensation de la terre mouillée. J’aime la musique. Ô que je l’aime. Et je revis depuis que j’ai pris un abonnement Spotify. Je peux juste rester là à écouter une chanson, en boucle. Encore et encore et encore.

Tu vois. J’avance. Et même si mes certitudes ne sont pas grandes, qu’elles peuvent paraître anodines, je m’y accroche de toutes mes forces. Car j’ai aussi la certitude que je peux encore faire plein de choses en tant qu’Odile Sacoche. Même si je me perds parfois, je retrouve toujours mon chemin. Toujours. Et j’espère, qu’ensemble, on pourra encore faire du chemin. Malgré mes doutes et mes remises en question.

PS : …Et pour une fois, les photos de cet article, sont les miennes.

 

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7 Replies to “Et j’avance.”

  1. Moi, je ne te trouve pas du tout déprimante et je me retrouve de plus en plus dans ce que tu écris.❤

    1. Merci beaucoup <3

  2. Coucou toi,
    j’ai toujours aimé lire ce que tu nous propose et je perçois la belle âme qui se cache derrière, timide et parfois maladroite, qui doute. Une personne pleine de douceur et surtout empreinte d’une humanité incroyable. Je pense que c’est le moment parfait pour te dire combien je t’apprécie, même si je suis souvent en sous marin.
    Tu as une jolie plume aussi, ton blog est d’une qualité rare, comme un bijoux à l’état brut.
    Je te comprend tellement, ce que tu écris fait miroir, on se ressemble plus que ce que je n’imaginais avant de lire cet article tout mignon.
    Crois en toi 🙂 bidouilles, oses. Tu dessines très bien et la photo est sublime, j’aimerais être aussi pas douée que toi en photos dis donc!
    Sois juste toi, amuses toi tu es dans la toute bonne direction!

    1. Merci pour ton message. Je ne cesse de le relire depuis que tu l’as posté tant il me touche.
      J’ai été voir tes nombreux blogs et j’ai souris quand j’ai vu ton article sur la multipotentialité : une lectrice m’a justement partagé le TEDx la semaine dernière par mail.
      Merci en tous cas pour tes encouragements. Ca fait un bien fou ! Et sache que je t’encourage de la même façon !

  3. A chaque fois que tu publies un article très perso, où tu partages ton cheminement, tes avancés et tes doutes… Je me dis : Odile s’accroche. Elle s’accroche à ses rêves qu’elle prend le temps d’écouter. Et ça prend du temps de les écouter ! Non, jamais tu ne nous ennuieras. La vie… c’est ça ! #JeDouteDoncJeSuis Bisous

    1. Merci pour ton super gentil commentaire. Il prend encore plus de sens depuis que j’ai pu mettre un visage sur un nom. Et oui je m’accroche, et j’essaye surtout de faire les choses à ma façon, suivre ce conseil qui je donne toujours : faire ce qui me semble juste.

      Au fait ? A quand ce café ? 🙂

  4. Salut ma poulette
    Tu sais, je pense qu’on passe sa vie à se chercher. Je pense qu’on est trop oppressés par les autres et la société, quoi qu’on en dise. J’arrive à 40 ans et je suis comme toi, toujours incertaine, toujours incapable de savoir ce que je voudrais faire quand je serai grande. Depuis des années j’écris et je gribouille des centaines de cahiers, ça m’aide à avancer mais mes pas sont si minuscules que les progrès ne sont pas visibles. Je suis du genre solitaire, je peux passer des jours sans voir personne, je prends tout avec du recul mais malgré tout, je me rends compte qu’on fait la plupart des choses pour les autres. Une petite voix dont on n’a pas conscience nous juge tout le temps, même si on la renie et qu’on se dit mordicus qu’on est soi-même et qu’on s’en fiche éperdument de l’avis des autres. C’est tellement dur de savoir ce qu’on veut vraiment, ce qu’on aime vraiment, ce qu’on est tout simplement. Savoir qui on est c’est le plus difficile des défis. Même en changeant de pays et en repartant de zéro avec des pages blanches, je ne suis toujours pas sûre de qui je suis… alors je me dis qu’au final, ce qui compte c’est toutes les expériences qu’on vit pour se trouver. À la fin, nous serons simplement la somme de toutes ces expériences. Ne nous posons pas de questions, essayons et créons nous nous-mêmes 🙂
    Je t’embrasse et j’adore toujours autant te voir aussi perdue que moi (je ne suis pas sadique, ça me rassure, c’est tout!). Continue à partager tes peurs et ton chemin tortueux, tout ça m’est si familier…

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